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IVème CONGRES NATIONAL SOLIDARITE
AFRICAN POSITIVE ASSOCIATION

AHEBLA SANVI NOEL LES MEDIATEURS,
UNE REPONSE POUR LES POPULATIONS EN DIFFICUTES

African Positive Association est une association de personnes originaire d'Afrique vivant avec le vih sida mobilisées pour participer aux actions de prévention au sein de la communauté.
Nos actions s'articulent autour de trois axes :

  • Soutien et accompagnement des personnes malades
  • Médiation en santé publique
  • Prévention de proximité

L'association est née à partir d'un double constat : tout d'abord la mauvaise diffusion de l'information de prévention au sein de la communauté migrante d'origine africaine ; ensuite la réticence des personnes à se protéger ou de protéger les autres, et le déni qui entoure la maladie au sein de la communauté.
Malgré quelques actions pour l'accès de la communauté africaine à l'information sur le sida, il faut constater qu'à ce jour il est difficile de faire passer les messages de prévention, et qu'ils sont, le plus souvent inadaptés et soutenus par des moyens insuffisants.
L'épidémiologie de l'infection à vih en France est marquée depuis quelques années par l'augmentation du nombre de cas chez les étrangers.
Parmis les nouveaux cas de sida déclarés entre 1995 et 2001, 15% concernent des patients étrangers ,alors qu'ils ne représentaient que 6% de la population générale française en 1999. En outre, la découverte de l'infection par le vih est plus souvent tardive chez les étrangers et intervient souvent au moment du diagnostic sida.

En matière de lutte contre le sida, la prévention et la prise en charge se limitent souvent à l'utilisation d'outil d'éducation à la santé ou à l'administration d'un traitement, sans prendre en compte les représentations culturelles sociales et religieuses des personnes. Les contradictions révélées par le sida au sein de la communauté des immigrés doivent pourtant être affrontées et la nécessité d'une médiation individuelle ou d'animations collectives prend alors tout son sens.

Des membres de notre association ont suivis une formation de 60 jours de médiation en santé publique à la faculté de médecine de l'hôpital Claude Bernard Bichat à Paris, formation initiée par l'institut de médecine et d'épidémiologie Africaine IMEA dans le cadre du programme d'amélioration de l'accès aux soins et de la prévention avec les publics en situation de vulnérabilité.

Ainsi, partageant les mêmes références culturelles que le public avec lequel ils travaillent, étant reconnus comme tels par ce public, nos médiateurs de santé directement touchée à travers leur expérience de vie, saisissent alors les opportunités de leur proximité avec le public pour diffuser l'information sur :

  • Les méthodes et moyens de prévention
  • L'accès aux soins et aux droits
  • Le dépistage du vih

Nous allons à la rencontre des gens dans la rue, dans les foyers, là où certains passent le plus clair de leur temps, pour entamer avec eux une démarche de prévention. Nous menons un ensemble d'actions de médiation et de prévention afin d'informer et de responsabiliser les personnes que nous rencontrons.

Au-delà du travail individuel les médiateurs organisent des réunions collectives en animant des groupes de parole pour :

  • aborder des thèmes propres à plusieurs personnes de différentes cultures, ou ayant des modes de vie communs.
  • impulser des rencontres entre professionnels sanitaires et le public, afin de mieux se connaître et de transformer le regard mutuel.
  • ressortir les difficultés rencontrées par les usagers aux instances administratives et pointer les disfonctionnements des structures d'accueil.

Sur sollicitation de certains hôpitaux et centres de dépistage nous organisons des permanences au sein des services de maladies infectieuses en vue de favoriser une meilleure cohésion et compréhension entre usagers des services de soins et les professionnels sanitaires et sociaux.

Je vais par un exemple concret vous montrer la pertinence d'une intervention de médiation où le médiateur joue le rôle de facilitateur pour le traitement.
L'action s'est déroulée au cours d'une de nos permanences hospitalières où nous avons été sollicités par un médecin qui souhaitait que l'on rencontre un de ses patients avant qu'il ne commence son traitement antiretroviral.
Donc le médecin a émis le souhait car il pensait que le patient ne comprenait pas les enjeux de ce traitement. Avec l'accord de ce dernier, nous avons pris rendez vous avec lui dans son foyer de travailleurs immigres, donc dans son lieu de vie. Et arrivé chez lui premier constat je vois qu'il vit avec au moins neuf autres personnes dans 15 m² et il voulait qu'on parle devant ces confrères .Après l'avoir convaincu, on est sorti dans le couloir pour discuter calmement de son problème. D'après lui en allant voir le médecin qui a demandé de faire le test de dépistage c'est parce que il avait la varicelle, maladie qu'il pense avoir eu il y a dix ans en Afrique et qui était passée après un traitement à base d'antibiotiques. D'après lui les gens malades du sida sont mourants, font la diarrhée et comment lui qui est sur pieds peut en souffrir ?
C'est pourquoi il a voulu qu'on discute du problème devant les autres personnes, car quand il est rentré chez lui après la visite chez le médecin, il a dit autour de lui " vous voyez le blanc et ses problèmes, quand on va voir le médecin à l'hôpital il sort toujours des histoires de sida. . Etc. " Il a compris la chose comme si on voulait seulement se servir de lui comme cobaye pour la médecine des blancs Par des exemples personnels je lui ai expliqué qu'il est nécessaire pour lui de commencer le traitement car je pense qu'il est réellement porteur du VIH et que comme il a déjà vu des personnes malades souffrir du sida, lui, c'est comme s'il portait l'enfant du sida dans son corps et qu'en ne suivant pas le traitement, l'enfant peut grandir et devenir sida et lui, tomber malade. Il a ainsi commencé à comprendre et à faire état de symptômes que lui n'associait pas au vih Je lui ai donné mon exemple personnel car cela fait plus de cinq ans que j'ai pris les traitements et je suis apparemment en bonne santé. A partir de là, comme il ne maîtrise pas bien le français, il va toujours à l'hôpital avec un frère. Ce dernier assiste à nos entretiens et facilite la compréhension. Quand j'ai fini d'expliquer les bienfaits du traitement antiretroviral, il a accepté de suivre le traitement. Le frère qui l'accompagnait m'a demandé si lui aussi pouvait suivre le même traitement puisque c'est des médicaments qui protègent contre des infections opportunistes.
Je lui ai répondu qu'il serait mieux de faire d'abord le test de dépistage.
Ceci a entraîné donc un travail d'information sur le dépistage pour le frère.
Nous nous sommes revus ensuite en présence de son médecin et en tant que médiateur, j'ai eu à expliquer au médecin les conditions de vie de cette personne car il n'y a pas de frigo dans leur chambre alors qu'il y a certains médicaments à conserver au frais. Donc le problème c'était d'attirer son attention sur la conservation et la protection des médicaments pour que les personnes qui vivent avec lui n'en boivent pas. Le médecin lui a donc prescrit les traitements adéquats.
Tout ceci pour dire que le rôle que nous avons en tant que médiateur a été pour cet exemple précis de rencontrer le médecin, puis la personne malade et enfin les deux en même temps. Il a été important de décrire au médecin la situation vécue par le patient pour qu'il puisse lui prescrire le traitement adéquat. .

CONCLUSION

La médiation en santé publique peut permettre de mieux coordonner des actions de prévention et de prise en charge, notamment si les médiateurs participent à certaines réunions de staff du personnel soignant et des travailleurs sociaux. Bien que nous soyons parfois appelés dans des situations où sont apparues des difficultés ou l'incapacité pour les professionnels de santé de remplir leurs missions, le médiateur ne se substitue pas aux différents professionnels de santé ou de l'action sociale. Au contraire, son rôle est d'agir en complémentarité et en synergie, autour d'objectifs prioritaires permettant ainsi de mieux appréhender les attentes et les besoins des publics en situation de précarité.

Aussi le concept de médiation en santé n'aura vraiment de sens que s'il s'accompagne de la reconnaissance de la fonction de médiateur. 

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